Le Roman du Rio, écrit par Pierre Juquin, raconte l’histoire du Rio, un cinéma d’Art et d’Essai indépendant, associatif et militant emblématique de Clermont-Ferrand depuis plus de 65 ans.

Ce livre met en lumière les femmes et les hommes qui ont façonné ce lieu avec passion, en surmontant de nombreux défis, à commencer par son fondateur, Antranig Kéchichian. Mais il va bien au-delà : il explore l’histoire d’un cinéma unique dans le paysage local, liée à celle du quartier populaire et de la ville, ainsi qu’à l’évolution des festivals (fantastique, court-métrage, documentaire, etc.) et à la transformation de Clermont-Ferrand après l’ère industrielle.

Avec un style alerte, érudit et pertinent, Pierre Juquin — ancien président de l’association Les Amis du Rio (2010–2018) — nous plonge dans un récit cinématographique, où se mêlent techniques narratives et souvenirs. Chaque lecteur, surtout s’il a fréquenté ce cinéma, y retrouvera un peu de son propre passé.

Le 21 octobre 2025, lors du Rio Itinérant, Pierre Juquin était présent pour présenter son œuvre à la Salle Conchon. Ce fut l’occasion de célébrer l’histoire de notre salle et de rassembler notre public habitué, les adhérents de l’association ainsi que les membres actuels et anciens du conseil d’administration.

DÉCOUVREZ  LE ROMAN DU RIO  PAR CHAPITRES

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PREMIÈRE PARTIE : ANTRANIG KÉCHICHIAN

Kéchichian l'Armenien (Pag. 9)

« Antranig Kechichian rouvrit les yeux quand il fut certain qu’ils n’avaient plus une larme. Seul dans la pénombre de la salle où il avait tant travaillé et tant rêvé, c’est sa vie, à soixante-huit ans, qu’il venait de revoir, la poitrine serrée. Oui, le cinéma était sa vie. Et voilà que, fait extraordinaire, deux Italiens, en la même année 1989, venaient de concourir à Cannes avec des films qui évoquaient la mort du cinéma. Tous deux avaient orné le festival. Mais tous deux avaient raté la palme d’or… »

« Ettore Scola, dans Splendor, et Giuseppe Tornatore, dans Nuovo cinéma Paradiso, abordaient le drame de la fermeture des cinémas indépendants. Il était bien temps, puisque cela faisait un quart de siècle que des salles disparaissaient par centaines en Europe. Pour ce qui est de la palme du cœur, elle est revenue pour longtemps  à Cinéma Paradiso. »

Où l’auteur nous introduit à l’histoire du premier cinéma indépendant de Clermont-Ferrand en évoquant la figure de son fondateur, Antranig Kéchichian en rappelant l’histoire tragique de l’Arménie et et des plus illustres membres de la diaspora arménienne, l’écrivain Henri Troyat, le dramaturge Arthur Adamov, le poète Rouben Melik, le peintre Carzou, l’actrice Rosy Varte, le chanteur Charles Aznavour, et bien sûr le résistant Missak Manouchian  chanté par Aragon et Léo Ferré.

Gas-Oil (Pag. 19)

« Jean Gabin en routier, Jeanne Moreau, de pas mal d’années sa cadette, en institutrice d’une classe unique de montagne… Dialogues de Michel Audiard (débutant, mais déjà ferré en parler irrévérencieux du peuple de Paris)… Accordéon musette d’Henri Crolla… »

« De propos délibéré, porté par ce qu’est alors la société, Grangier met cul par-dessus tête les codes du polar. Ce ne sont pas les voyous qui sont intéressants, mais les travailleurs honnêtes. Cette vie ouvrière, voilà la vraie vie. »

Où l’auteur fait un détour par le film policier de Gilles Grangier sorti en 1955, film censé avoir été tourné dans les environs de Clermont-Ferrand. A travers la figure du routier interprété par un Jean Gabin revenu depuis peu  de son exil aux USA, c’est la France de l’après-guerre  qui nous est racontée,  de  la place de la classe ouvrière et de sa représentation dans le cinéma populaire de cette époque.

Du rêve à la réalité ? Le Rio (Pag. 24)

« Le 13 septembre 1957, Antranig Kechichian acquit une parcelle de six ares neuf centiares, sise 178 rue Sous les vignes, non grevée de servitudes particulières d’urbanisme. Il se mit en devoir d’y faire construire une bâtisse simple. »

Où l’auteur nous retrace la réalisation du rêve d’Antranig Kéchéchian, avec la création du cinéma le Rio, rue sous les vignes dans un quartier populaire. Le Rio viendra prendre une place particulière dans la liste des nombreuses salles de cinéma de Clermont à cette époque.

La Salle ! (Pag. 32)

« Il accompagnait l’arrivant à la caisse, lui donnait son billet, ou bien c’était Frida, son épouse, qu’on se mit à appeler «Madame Nick ». il trouvait quelques mots pour lui souhaiter bonne projection, sans en faire plus que nécessaire. »

« Aux rares jours d’affluence il se plaisait à regarder la foule des arrivants se pousser vers la caisse dans le petit hall. Les gens s’écartaient un peu pour le laisser passer et il coupait leurs billets devant la porte battante, avec un mot très court pour chacun. »

Où l’auteur nous fait partager la conviction de « Nick Kéchichian qu’au cœur de l’avenir du cinéma, il y a la salle. La salle, c’est la condition d’une culture populaire du cinéma. L’auteur convoque entre autres illustres partisans les poètes Rimbaud, Artaud, Aragon, Eluard, Prévert, Cocteau dans la défense acharnée du cinéma de quartier, de la salle populaire lieu de brassage, lieu d’échange, place démocratique s’il en est.

Rue sous les Vignes, Nick construisait peu à peu,  bientôt avec quelques autres ce qui restera le dernier « cinéma de quartier » de Clermont-Ferrand.

ENTR’ACTE UN : CINEMA PARADISO

ENTR’ACTE UN : Cinéma Paradiso (Pag. 40)

« A nouveau les vacarmes, les rires, les larmes, les chuchotements, les silences suspendus. Le curé cesse de censurer. Dés la première séance  les spectateurs regardent tout au long le baiser que Silvana Mangano et Vittorio Gassman échangent dans Anna, d’Alberto Lattuada… »

A travers les exemples des films Splendor d’Ettore Scola et surtout de Cinéma Paradisio, l’auteur nous rappelle l’aventure héroïque de passionnés de cinéma luttant contre vents et marées, entre censure et  box-office pour maintenir une programmation pertinente, conviviale et  pour tous.

DEUXIÈME PARTIE : FANTASTIQUE FONTANA

Fontana l’italien (Pag. 46)

« – Je vous connais bien, reprit Nick d’une voix qui avait un je ne sais quoi de malicieux. Vous êtes le gars du ciné-club. – Et vous me cherchez? bredouilla l’être sans. – Eh! bien, je cherche un Ils se regardèrent. – Et pourquoi? – Eh! bien, parce que le mien vient de me claquer dans les doigts. Oh! c’est son droit. Il part en ville, que voulez-vous, où on lui offre davantage d’heures. Voudriez-vous venir travailler quelques heures chez moi? »

Où l’auteur nous apprend que l’histoire du Rio s’est faite de rencontres humaines et de paris audacieux. Jean-Pierre Fontana, fils d’immigrés italiens, formé dans le cursus de la « maison Michelin », puis dessinateur du service public  de l’équipement, était déjà un passioné de Science-Fiction quand il fut sollicité par Nick Kéchichian. Cette rencontre improbable allait avoir des conséquences sur le destin du Rio et du jeune homme. Nick n’était plus seul à bord et il acceptait peu à peu que les choses bougent

Le Festival du Film Fantastique (Pag. 63)

« Le premier « Festival de la science-fiction et du fantastique » se tint dans la deuxième quinzaine d’avril 1972. Promotion du Fantastique en était le cerveau. Le Rio, le quartier général. Mais les organisateurs avaient cru devoir répartir les séances en plusieurs lieux de la ville. »

Où l’auteur nous raconte la fabuleuse histoire du festival du film fantastique à travers les nombreux films sélectionnés par Jean-Pierre Fontana spécialiste reconnu du genre, et nous fit vivre la fabuleuse histoire des Festivals du Film Fantastique et de science-fiction.

Champ, Contre-champ : Kubrik, Tarkovski (Pag. 71)

« Le programme russe du festival culmina avec Solaris, d’Andreï Tarkovski. C’était une réplique à 2001, l’odyssée de l’espace. Ce duel au sommet secoua les festivaliers. »

Où l’auteur   zoome sur les chefs- d’œuvre  de deux  cinéastes géniaux qui chacun à leur manière révolutionne le film de science-fiction et illustre le monde bipolaire de cette époque jusque dans la conception du cinéma.

ENTR’ACTE DEUX : COMME LE TEMPS VA

ENTR’ACTE DEUX : Comme le temps va (Pag. 82)

Où l’auteur nous présente une analyse personnelle de deux films ayant pour décors Clermont-Ferrand et ses environs, Ma nuit chez Maud d’Eric Rohmer et le documentaire Le chagrin et la pitié de Marcel .

TROISIÈME PARTIE : LES BIBS

Peuple et Culture (Pag. 95)

« Et un beau jour voilà le père Kechichian qui s’en allait. Est-ce qu’on avait assez remarqué qu’il vieillissait ? Rue Sous les vignes son cinéma, connu des Bibs des cités voisines, qui fermait. Chez Michelin, dans la tête de plusieurs syndicalistes une idée a carillonné… oh ! une idée improbable… peut-être rien qu’une chimère… mais elle provenait certainement de toute l’histoire qu’ils portaient en eux : le Rio, tiens, si le comité d’établissement achetait le Rio ? »

Où l’auteur développe l’histoire des relations entre le cinéma,  l’éducation populaire et la lutte syndicale.  Il décrit l’implication du comité d’entreprise des usines Michelin de Clermont-Ferrand dans la survie du Rio à travers l’engagement  d’hommes et de femmes en faveur d’une culture pour tous.

L’association des Amis du Rio (Pag. 106)

« L’étage du Rio bruissait comme une ruche. Claude Girard venait assez souvent discuter de ses projets avec le nouveau directeur. Elle suivait les séances. Abordait les questions avec jugeotte et lucidité. Sa confiance n’annihilait pas son sens critique. En 1998 on compta 27671 entrées payante. Et dix mille de plus en 1999. Allons, on ne se gargarisait pas de phrases. Le nouveau Rio marchait d’un pas décidé ! »

Où l’auteur nous parle du nouvel élan pris par le Rio avec la création de l’Association des amis du Rio et de son conseil d’administration chargé désormais de gérer ce qui devient alors une véritable (petite) entreprise avec une équipe de salariés militants animée par un directeur et sous l’attention du comité d’entreprise Michelin présent au CA. S’ouvrait alors une période de renouveau et d’enthousiasme marquée par une forte progression des entrées.

L’année Kirikou (Pag. 114)

Où l’auteur analyse l’incroyable succès du film d’animation Kirikou et la sorcière du cinéaste français Michel Ocelot et comment grâce au travail de l’équipe auprès des scolaires, le Rio devint aussi le cinéma des enfants.

Paroles de Bibs (Pag. 117)

« Ce qui est dit crève alors le brouillage et prend sens contraire à ce qu’on vient de lire dans le bouquin du Grand Caoutchoutier. Que voulez-vous, un gouffre les sépare de lui. Les classes sociales antagonistes, hélas! existent. Tout discours qui nie ce fait est indigent. »

Où l’auteur se fait l’historien du débat par média interposés entre le livre de François Michelin se présentant comme un patron humaniste proche de ses employés et un film de la documentariste  Jocelyne Lemaire-Darnaud qui décide de donner un droit de réponse aux salariés.

L’Écran Rouge (Pag. 132)

« ...et Ken loach de conclure :  « Agiter, éduquer, organiser. Il faut agiter, et c’est ce que nous essayons de faire : enrayer la mécanique, bousculer le statu quo, défier le récit des puissants » 

Où l’auteur nous propose une histoire du cinéma au service du mouvement ouvrier et progressiste de Potemkine à Paroles de bibs, en passant par les cinéastes compagnons de route du front populaire, jusqu’à Ken Loach.

Moteur. On tourne. En scène, les documentaristes (Pag. 139)

Où l’auteur nous introduit au cinéma du Réel comme on appelle le documentaire à travers l’œuvre des cinéastes Paul Carpita, René Vautier, Alain Resnais, Raymond Depardon, Nicolas Philibert et tant d’autres dont les films ont été projetés au Rio en présence bien souvent de leur réalisateur.

Turbulences (Pag. 147)

« Ça chauffe au Rio, dit M. Lesbre, laconique à Philippe Laville, peux-tu aller jeter une oreille ? »

« Encore une fois les bonnes volontés se mobiliseront et encore une fois miraculé, le Rio vient d ‘entrer dans une nouvelle ère ».

Où l’auteur, s’appuyant notamment sur les procès verbaux des réunions du CA, nous raconte comment le Rio va traverser un longue période de turbulences dues aux conflits autour de l’avenir du cinéma et de sa gestion dans lesquelles seront entraînés et vont s’opposer,  le CA de l’association, le CE Michelin, les différentes organisations syndicales, mais aussi les instituions et les collectivités qui subventionnent l’aventure du Rio. Un audit est commandé, des alliances et des oppositions se constituent, les salariés s’inquiètent des rumeurs de vente par le CE Michelin et donc de l’avenir de leur travail et de leur engagement auprès du public, une pétition est largement signée par les spectateurs…

ENTR’ACTE 3 : UNE VILLE SUR TOILE

ENTR’ACTE 3 : Une ville sur toile (Pag. 153)

Où l’auteur contextualise et analyse trois films tournés à Clermont-Ferrand : Sept Morts sur ordonnance, La Double Vie de Véronique, Quand J’étais Chanteur.

UN BOUQUET DE BAISERS 

Un Bouquet de Baisers (Pag. 161)

Où l’auteur en guise de conclusion nous offre un bouquet de baisers de cinéma suivi d’un vibrant hommage aux femmes, actrices, réalisatrices, productrices, trop longtemps invisibilisées mais aussi « les petites mains agiles » trop souvent  anonymes qui travaillent sur les plateaux de cinéma. Pierre Juquin termine son Roman du Rio en rendant compte des années au cours desquelles il a été le président du conseil d’administration de l’Association des amis du Rio.